Portage salarial d'un expatrié en Côte d'Ivoire : permis de travail, carte de résident, impôts
Publié le 25 octobre 2026
Un ingénieur européen travaille à Abidjan depuis plusieurs mois, toujours payé par sa société d'origine. Son détachement arrive à échéance, la mission est prolongée, et personne ne sait plus très bien où il doit payer ses impôts ni sous quel titre il séjourne. Son employeur n'a ni filiale ni bureau en Côte d'Ivoire. AT225 est sollicitée pour ce type de situation.
Le portage salarial règle ce cas : une société ivoirienne autorisée devient l'employeur de l'expatrié, sous contrat de droit ivoirien, et refacture la prestation à l'entreprise étrangère. Cet article décrit quand ce montage s'impose, les démarches dans l'ordre et la répartition des tâches entre l'expatrié, son entreprise et AT225.
Quand le portage ou l'EOR s'impose
Le portage salarial est la forme ivoirienne de l'Employer of Record (EOR). Notre article sur l'Employer of Record en Côte d'Ivoire en détaille le fonctionnement. Pour un expatrié, il devient la solution logique dans trois configurations.
- L'entreprise n'a pas d'entité locale. Sans société immatriculée en Côte d'Ivoire, elle ne peut pas signer de contrat de travail ivoirien, déclarer un salarié à la CNPS ni retenir l'impôt sur les salaires. Le porteur le fait à sa place.
- La mission dure. Un contrat de travail de droit ivoirien est la base des démarches de séjour décrites plus bas. Un salarié resté sous contrat étranger pendant une longue mission se retrouve souvent sans le document que l'administration attend.
- Le détachement atteint sa limite ou n'est pas couvert. Le détachement suppose une convention de sécurité sociale entre le pays d'origine et la Côte d'Ivoire. Il en existe une avec la France. La Belgique, elle, ne cite pas la Côte d'Ivoire parmi les pays avec lesquels elle a signé une convention bilatérale de sécurité sociale. Le maintien au régime d'origine repose alors sur la seule législation de chaque pays, sans règle qui écarte l'affiliation locale.
À l'inverse, une intervention de quelques semaines ne justifie pas toujours un contrat local. Le bon montage dépend de la durée réelle sur place, de la nationalité du salarié et des textes applicables à son pays.
Le parcours administratif, étape par étape
1. Le recrutement et la priorité à l'emploi national
L'article 11.1 du Code du travail impose, avant d'embaucher un travailleur étranger, de déclarer la vacance de poste à l'organisme public de placement et de la publier dans un quotidien national. Si aucun national n'a satisfait au profil un mois après la première publication, l'employeur peut recruter le candidat de son choix. Quand l'expatrié est déjà identifié, cette procédure reste à conduire par le porteur, qui devient l'employeur. Dans le pétrole, le gaz et les mines, les règles de contenu local ajoutent des obligations d'emploi prioritaire d'Ivoiriens.
2. Le contrat de travail de droit ivoirien
Le porteur signe avec l'expatrié un contrat ou une lettre d'embauche rédigé en français, à durée indéterminée ou déterminée. Un CDD à terme précis ne dépasse pas deux ans, renouvellements compris (article 15.4 du Code du travail). Le décret n° 96-287 du 3 avril 1996 garantit au travailleur étranger, sauf clause contraire, l'égalité de traitement avec les nationaux occupant le même emploi.
3. Le visa du contrat
C'est l'équivalent ivoirien du permis de travail. Selon l'article 7 du décret n° 96-287, le contrat d'un travailleur non national est soumis au visa préalable du ministre chargé de l'Emploi, demandé sur un formulaire dédié dont les frais sont à la charge de l'employeur. Le texte prévoit un délai de huit jours après le dépôt, et l'article 8 considère le visa acquis si l'administration ne répond pas dans ce délai. En pratique, le délai réel dépend de la complétude du dossier et de la charge des services. Le même décret oblige l'employeur à transmettre chaque mois à l'organisme public chargé de l'emploi les contrats établis, et à l'informer de toute rupture anticipée.
4. La déclaration à la CNPS
Le salarié est déclaré à la Caisse nationale de prévoyance sociale dès son premier jour, comme tout salarié en Côte d'Ivoire, selon le guide de l'employeur de la CNPS. Les cotisations sont calculées sur le salaire, dans la limite des plafonds en vigueur. Le détail des taux figure dans notre article sur le coût d'un salarié en Côte d'Ivoire.
5. L'impôt sur les salaires
Le porteur retient chaque mois l'impôt sur les traitements et salaires et le reverse à la Direction générale des impôts. Depuis le 1er janvier 2024, cet impôt suit un barème progressif unique issu de l'ordonnance n° 2023-719. L'employeur acquitte en plus des impôts patronaux sur salaires, dont le taux diffère entre personnel local et personnel expatrié. Pour l'expatrié, la paie ivoirienne devient la preuve qu'il paie ses impôts dans le pays où il travaille.
6. Le titre de séjour
Un ressortissant hors CEDEAO qui réside en Côte d'Ivoire demande une carte de résident auprès de l'Office national de l'état civil et de l'identification (ONECI). Le portail officiel servicepublic.gouv.ci indique un coût de 150 000 FCFA pour les Français et de 300 000 FCFA pour les autres nationalités, sans délai déterminé. Pour une première demande, la copie du passeport et du visa d'entrée est obligatoire, et tout document rédigé dans une autre langue que le français doit être traduit. Le contrat visé et les bulletins de paie ivoiriens appuient le dossier. Vérifiez la liste à jour auprès de l'ONECI avant le dépôt.
Qui fait quoi
| Acteur | Rôle |
|---|---|
| L'expatrié | Fournit passeport, visa d'entrée, diplômes et justificatifs demandés, traduits si besoin. Signe le contrat de travail ivoirien. Dépose sa demande de carte de résident et se présente aux rendez-vous de l'ONECI. |
| L'entreprise d'origine | Signe le contrat de prestation avec AT225 : périmètre, durée, rémunération, refacturation. Organise la fin ou la suspension du contrat d'origine et du détachement. Décide de la couverture complémentaire et de la retraite du pays d'origine. Pilote le travail au quotidien. |
| AT225 | Conduit la déclaration de vacance, signe le contrat de travail, dépose la demande de visa du contrat, déclare le salarié à la CNPS, établit la paie, retient et reverse l'impôt, délivre les attestations utiles au dossier de séjour, puis facture l'entreprise chaque mois. |
Notre offre de portage salarial détaille ce périmètre pour les entreprises. Le délai global dépend surtout de l'administration et de la complétude du dossier, nous ne le fixons pas à l'avance.
Les points d'attention
Le risque de double cotisation
Un salarié sous contrat ivoirien cotise à la CNPS. S'il reste aussi affilié au régime de son pays, son employeur paie deux fois. Pour un Français, l'accord franco-ivoirien de sécurité sociale du 16 janvier 1985 permet le détachement : le CLEISS indique une durée initiale de deux ans au plus, avec une prolongation soumise à l'accord des organismes compétents. Au-delà, ou pour un salarié d'un pays sans convention avec la Côte d'Ivoire, comme la Belgique, l'affiliation à la CNPS s'applique et le maintien au régime d'origine devient un choix volontaire, à arbitrer avec les caisses du pays d'origine. L'ONSS belge précise d'ailleurs que son attestation de détachement n'exclut pas un assujettissement obligatoire dans le pays du lieu de travail.
Les conventions fiscales
La convention fiscale entre la France et la Côte d'Ivoire du 6 avril 1966, modifiée par l'avenant du 19 octobre 1993, pose dans son article 22 que les salaires sont imposables dans l'État où l'emploi est exercé. Le salaire reste imposable dans le seul pays de domicile uniquement si trois conditions sont réunies : un séjour de 183 jours au plus sur toute période de douze mois, un employeur non domicilié en Côte d'Ivoire et une rémunération non supportée par un établissement stable sur place. Un salarié porté a un employeur ivoirien : la deuxième condition tombe, et le salaire est imposable en Côte d'Ivoire. La France élimine ensuite la double imposition par un crédit d'impôt calculé au taux moyen, selon le BOFiP. La Belgique et la Côte d'Ivoire ont signé une convention fiscale à Abidjan le 25 novembre 1977. Pour un Belge, faites vérifier son application à votre cas par un conseiller fiscal.
La durée et la sortie
Le visa du contrat suit la durée du contrat. Un CDD ne dépasse pas deux ans renouvellements compris, et la carte de résident se renouvelle selon les règles de l'ONECI. Anticipez les échéances : un renouvellement de contrat sans nouveau visa, ou une carte expirée, fragilise toute la situation. Si la présence s'installe, une filiale avec transfert du salarié peut devenir préférable. Notre article sur le portage salarial en Côte d'Ivoire en présente aussi les limites.
Questions fréquentes
Un expatrié déjà en Côte d'Ivoire peut-il passer en portage salarial ?
Qu'est-ce que le permis de travail en Côte d'Ivoire ?
Où un salarié porté paie-t-il ses impôts ?
Combien coûte la carte de résident ?
Sources
- Loi n° 2015-532 du 20 juillet 2015 portant Code du travail, texte consolidé (NATLEX, OIT) : https://natlex.ilo.org/dyn/natlex2/natlex2/files/download/101399/CIV-101399.pdf
- Décret n° 96-287 du 3 avril 1996 relatif au contrat de travail (texte reproduit) : https://loidici.biz/2018/08/23/decret-n-96-287-du-3-avril-1996-relatif-au-contrat-de-travail/
- Service public ivoirien, demander la carte de résident (ONECI) : https://servicepublic.gouv.ci/accueil/detaildemarcheparticulier/1/213/38
- CNPS, Guide de l'employeur : https://www.cnps.ci/wp-content/uploads/2021/04/GUIDE-EMPLOYEUR.pdf
- BOFiP, convention fiscale entre la France et la Côte d'Ivoire : https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/3060-PGP.html/identifiant=BOI-INT-CVB-CIV-20120912
- CLEISS, détachement entre la France et la Côte d'Ivoire : https://www.cleiss.fr/employeurs/detachement/cotedivoire_france.html
- Sécurité sociale belge, conventions bilatérales de sécurité sociale : https://www.socialsecurity.be/CMS/fr/leaving_belgium/FODSZ_Convention
- ONSS, occupation dans un pays sans convention : https://www.socialsecurity.be/employer/instructions/dmfa/fr/2024-1/instructions/crossborderemployment/agreementabsence.html
- Chambre des représentants de Belgique, projet de loi portant assentiment à la convention fiscale belgo-ivoirienne du 25 novembre 1977 : https://www.lachambre.be/doc/flwb/pdf/digidoc/DPS/K2027/K20272439/K20272439.pdf
- Fraternité Matin, réforme de l'impôt sur les traitements et salaires au 1er janvier 2024 : https://www.fratmat.info/article/234304/economie/impocircts/impots-sur-les-traitements-salaires-pensions-et-rentes-viageres-la-reforme-sera-appliquee-a-partir-du-1er-janvier-2024
Textes cités tels qu'en vigueur à la date de publication. Cet article informe les employeurs ; il ne remplace pas l'analyse de votre situation par un conseil juridique.
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